Sous
la présidence de Valéry
Giscard d’Estaing,
de 1974 à 1981, le syndicalisme français évolue dans un contexte
économique particulièrement difficile, marqué par les deux chocs
pétroliers de 1973 et 1979, l’inflation et la montée du chômage.
Les
grandes organisations syndicales disposent alors d'une importante
capacité de mobilisation. La CGT est la courroie de transmission du
parti communiste dans les milieux ouvriers, tandis que la CFDT est le
relai du parti socialiste dans le monde du travail.
Majoritairement,
le mouvement syndical est de nature communiste et milite pour
l'instauration du modèle soviétique en Europe de l'Ouest.
A
contre-courant, dès 1975, l'Union Française du Travail (UFT)
rejette le modèle collectiviste et s'inscrit dans une vision
patriote et protectionniste de l'économie française.
Avant
l’heure, elle défend le « Made in France ».
L’U.F.T.
pense que l'individu est le point de départ, et la collectivité
doit protéger ses libertés.
L'élection
de François
Mitterrand en 1981,
accompagnée de l'entrée de ministres communistes au gouvernement de
Pierre Mauroy, ouvre une nouvelle période.
Le
pouvoir socialiste cherche à associer les organisations syndicales à
sa politique sociale et économique. Le syndicalisme
s'institutionnalise progressivement et les grandes confédérations
deviennent des interlocuteurs réguliers de l'État.
Cette
proximité n'empêche toutefois pas les désaccords et les
mobilisations, notamment lorsque le gouvernement engage le «
tournant de la rigueur » à partir de 1983.
Sous
le premier mandat de Jacques
Chirac en
1995,
le mouvement syndical connaît un moment particulièrement important
avec les grèves
de 1995
contre le plan Juppé sur les retraites et la Sécurité sociale.
La
mobilisation est massive et elle contraint le gouvernement à retirer
une partie de son projet. L’échec du gouvernement Juppé pèsera
lourd dans la décision de Jacques Chirac de dissoudre l’Assemblée
nationale deux ans plus tard en 1997.
Sous
Lionel Jospin, de 1997 à 2002, le syndicalisme s'inscrit davantage
dans une logique de négociation avec le gouvernement, notamment
autour de la mise en place des 35 heures.
La
CFDT accompagne comme à son habitude largement cette réforme,
tandis que la CGT et FO adoptent des positions plus critiques.
Malgré
cette période de dialogue social, les relations entre le
gouvernement et les organisations syndicales restent marquées par
des désaccords sur l'emploi, les salaires et la politique
économique.
Sous
le second mandat de Jacques Chirac, de 2002 à 2007, le syndicalisme
connaît des fortunes diverses.
La
réforme des retraites de 2003 donne lieu à une mobilisation
massive, mais les divisions syndicales, notamment le soutien
indéfectible de la CFDT au projet, permettent au gouvernement de
mener la réforme à son terme. En revanche, en 2006, l'importante
mobilisation syndicale et étudiante contre le CPE contraint le
gouvernement à retirer son projet.
Sous
Nicolas
Sarkozy,
le rapport de force évolue. Les syndicats restent capables
d'organiser des mobilisations importantes, notamment lors de la
réforme
des retraites de 2010,
mais ils ne parviennent plus à faire reculer le gouvernement.
La
loi de 2007 relative au dialogue social et à la continuité du
service public dans les transports, souvent appelée « service
minimum », affaiblit considérablement les syndicats. Le rapport de
force s’inverse peu à peu.
Sous
François
Hollande de
2012 à 2017,
le mouvement syndical se retrouve profondément divisé face à la
politique menée par le gouvernement.
La
loi
El Khomri de 2016,
qui réforme notamment le droit du travail, provoque d'importantes
manifestations et plusieurs journées de grève. La CGT et FO
s'opposent au texte tandis que la CFDT, fidèle à elle-même, est
favorable au compromis. Malgré une contestation importante, le
gouvernement maintient la réforme et utilise à plusieurs reprises
l'article 49.3 pour permettre son adoption. C’est un nouvel échec
cuisant pour le mouvement syndical.
Avec
l'élection d'Emmanuel
Macron en 2017,
les syndicats sont confrontés à un pouvoir qui assume une politique
de réformes rapides.
En
2018 et 2019, les confédérations syndicales torpillent le mouvement
des Gilets jaunes avant que La France Insoumise ne l’achève en le
phagocytant de l’intérieur.
Les
mobilisations contre la réforme des retraites de 2019 et 2020 sont
interrompues par la crise sanitaire.
En
2023, l'intersyndicale organise un mouvement de grande ampleur contre
le projet de réforme portant notamment l'âge légal de départ à
la retraite de 62 à 64 ans. Mais malgré des manifestations massives
et plusieurs journées de grève, le gouvernement maintient son
projet, qui est finalement adopté. Le rapport de force s’est
définitivement inversé.
Même
si la
réforme des retraites engagée en 2019, puis adoptée en 2023, a été
partiellement suspendue en 2026 par
le gouvernement Bayrou, cette
suspension ne constitue pas une abrogation. Sauf
nouvelle décision politique, la montée en charge de la réforme
doit reprendre à partir de 2028.
C’est
dans ce contexte que l’U.F.T. tente aujourd’hui de porter une
alternative face à des centrales syndicales incapables d’obtenir
des résultats dans une France où le chômage explose, où
l’inflation est galopante, où le pouvoir d’achat s’érode et
où la classe moyenne se paupérise pendant que les ultra-riches
voient leur fortune exploser.
Crise Covid, guerre en Ukraine, guerre en Iran, tout est prétexte pour faire flamber les prix, exiger des sacrifices des Français et refuser de revaloriser les salaires à hauteur de l'inflation dans le silence assourdissant des grandes confédérations syndicales.